Le scandale de l’usine de farine de poisson de Joal.

21 Sep 2021 | Écologie, Nos actions

Ne nous laissons pas déposséder de nos ressources naturelles, de notre culture, de notre art de vivre.

Nous sommes à Joal Fadiouth, cette ville côtière chantée par Léopold Sédar SENGHOR (Joal ! Je me rappelle...), et le plus grand port de pêche du Sénégal. Une multitude de familles en vivait, et une activité socioéconomique fourmillante s’en nourrissait – tellement africaine.

En vivait…  Toute une population en vivait – comme depuis toujours. Et elle n’en vit plus… ou bien mal.

En 2000, une usine de production de farine de poisson s’est implantée. Aujourd’hui, elle rafle tout, toute la pêche, pour produire de l’aliment pour animaux d’élevage, une farine exportée sur d’autres continents.

Cette usine vampirise le pays. Elle emploie à peu près une dizaine de personnes, guère plus, et elle laisse exsangue toute une population désormais exilée dans son propre pays, déracinée de sa culture, de ses savoir-faire ancestraux, de ses ressources…

C’est la vie qu’on assassine, la vie des océans, la vie des populations locales, la vie économique de toute une région, sa vie culturelle…

La vie des océans…

Cette petite usine provoque une surpêche dévastatrice. Elle transforme d’ancestraux pécheurs artisanaux en prédateurs. L’usine est affamée. Elle veut toujours plus de poissons. Les pirogues affluent de tout le Sénégal, aimantées par les petits billets exhibés par l’ogre. Les pécheurs n’en demandent pas plus. Ils nourriront leur famille aujourd’hui encore… Demain appartient à Dieu. Ou aux démons de la finance internationale.

L’usine prospère et la mer s’épuise. L’ogre finance des matériels de pêche toujours plus dévastateurs, des filets ravageurs. Que rien ne lui échappe, ni ne survive. Elle avale tout. Même les sardinelles, un maillon essentiel de la chaîne alimentaire de nos océans.

Un ogre affameur

Si rien n’est fait pour enrayer la catastrophe, les sardinelles vont disparaître, les sardinelles qui constituent la base de la consommation de protéines animales des populations sénégalaises. Elles, elles ne se gavent pas de viande. Elles en mangent peu, rarement.

Déjà, le prix des poissons grimpe dans tout le Sénégal. Combien de personnes qui se régalaient de quelque cinquante grammes de poisson par jour ne peuvent plus se les offrir ? Quelles seront les conséquences sanitaires d’une telle carence ?

Une catastrophe économique

Avant que l’usine ne s’approprie les ressources de toute une région, des milliers et des milliers de personnes survivaient grâce aux poissons. Des milliers de personnes qui s’activaient autour du port, surtout des femmes. Il y avait ceux qui déchargeaient et qui portaient, ceux qui fumaient… Il y avait les petits vendeurs et les mareyeurs… et des prestataires par centaines : vendeurs de glace et d’emballages, chauffeurs, convoyeurs, ceux qui fournissaient le bois indispensable au fumage et ceux qui le transportait… tout un petit monde industrieux et riche de savoir-faire qui s’activait autour du poisson… Et dont les revenus se sont effondrés !

Une catastrophe culturelle

Au Sénégal, à Joal, toute forme traditionnelle vie économique est une forme de vie sociale. Autour du port et des séchoirs, chacun était utile à tous, avec son savoir-faire ou sa charrette. C’est une communauté humaine qui se perpétuait là, soudée, irriguée par des échanges incessants : des propos intarissables, des services, quelques khalis ou des liasses de billets, et surtout ces longues salutations caractéristiques de la culture africaine. Dans l’activité générée autour de la pêche traditionnelle, chacun enracine ses appartenances et son identité sociales.

Plus qu’une activité, plus qu’une source de revenus : un art de vivre. Piétiné par l’industrie et la finance. Ruiné.

Ne nous laissons pas déposséder

Scène quotidienne. Les camionnettes de l’usine guettent le retour des pêcheurs. Ils approchent. Les chauffeurs agitent à bout de bras des liasses de billets. Rien ne doit échapper à l’usine.

Les femmes assistent impuissantes au spectacle dégradant. Elles ne peuvent lutter. Pas les moyens. L’industrie mettra le prix. Elle les écrasera. Les caisses de poissons défilent sous leurs yeux. Leurs fumoirs resteront vides. Leurs étals misérables.

L’usine prospère. Et il lui faut une tonne de poissons pour produire 200 kilos de farine. Aussi en engouffre-t-elle 240 tonnes par jour, 240 tonnes de poissons réduits en farine.

Aux femmes de Joal, reste leur tristesse. Et leur colère. Elles luttent. Elles manifestent régulièrement. Dans l’indifférence des institutions. Pas la nôtre !

Leur colère, nous la faisons nôtre. La ferez-vous vôtre ?

Chères autorités politiques, administratives et juridiques,
chers frères et sœurs sénégalais, 
vous tous, où que soyez dans le monde

Le mouvement “La transition des évolutionnaires” vous invite dans son combat. Votre soutien participera à la protection de toute une génération. Sa survie est en jeu. Notre combat est le vôtre en tant qu’humanistes et êtres sensibles. C’est un combat multidimensionnel : humanitaire, économique, social, écologique, politique, sanitaire, juridique, culturel… bref, un combat pour la VIE.